De réfugié à bachelier : Steinmühle entre dans l’histoire
On pourrait commencer ce récit par « Il était une fois… ». Mais ce n’est pas un conte de fées. Lorsque Hussam, Abdallah et Habib sont arrivés à la Steinmühle à l’automne 2015, ils n’avaient rien dans leurs poches, mais un seul objectif en tête : passer le baccalauréat. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, ils ont tous atteint leur objectif. Et ce n’est pas une annonce de leur GPS, mais le fruit d’un travail acharné.
Aucun des trois ne parlait allemand ; ils n’avaient pour seule bagage que leur ambition. Ils faisaient partie du groupe de réfugiés qui, dans le cadre d’un dispositif d’aide à la jeunesse en externat, s’était installé dans la maison « Bremerhaus » louée par la Steinmühle et suivait également des cours sur place.
Il fallait compter avec eux : Hussam, le Palestinien né en Syrie, Abdallah, le Syrien, et Habib, l’Afghan originaire d’Iran. Cela valait non seulement, mais surtout, pour les cours de mathématiques. Tous les trois avaient choisi la filière mathématiques en classe de 11e. Les mathématiques sont une discipline internationale ; ce sont les autres cours, dispensés dans un contexte germanophone plus large, qui constituent le plus grand obstacle. Mais les mathématiques suffisaient-elles ?
« Nous savions que nous devions »
Et pourtant, comme ils ont potassé l’allemand ! Ils ont commencé par intégrer la classe d’allemand intensif. « Nous savions que nous n’avions pas le choix », se souviennent-ils en repensant à l’apprentissage de cette langue allemande qui leur était totalement étrangère, mais à laquelle ils ne pouvaient tout simplement pas échapper. « Le fait de passer 24 heures sur le site nous a beaucoup aidés », se souviennent-ils. « Nos camarades de classe nous ont beaucoup soutenus. »
Et pourtant : cela a été très, très difficile. Ils reconnaissent avoir traversé une période difficile, avoir souffert du mal du pays et de tout ce qui surgit lorsque l’on imagine ses proches restés au pays dans l’incertitude. Mais c’est précisément cela qui les a poussés à tout donner et à saisir ces opportunités, afin de façonner leur vie telle qu’ils l’avaient imaginée dans leurs rêves. Pour ceux qui sont restés au pays également.
« Ce fut une expérience – pour nous aussi, les enseignants », raconte Björn Gemmer. Le directeur de l’école Steinmühlen, ancien professeur principal de ces trois jeunes hommes, se souvient également des difficultés rencontrées. « C’était globalement un groupe hétérogène, dont tous les membres avaient pour objectif d’obtenir un diplôme. Il n’y avait aucune famille sur laquelle s’appuyer. » À cela s’ajoutaient des aspects religieux, comme le ramadan par exemple. « Mais nous ne pouvions pas en tenir compte dans l’organisation scolaire. »
La fierté d’avoir ouvert la voie en tant que Steinmühle l’emporte clairement aujourd’hui. Tous semblent détendus, heureux et pleins d’espoir pour l’avenir. Habib et Hussam se dirigeront vers l’informatique de gestion, tandis qu’Abdallah souhaite devenir médecin, « orthopédiste ». Il a obtenu son baccalauréat avec une moyenne de 1,1. « C’est ici que mon rêve de faire des études s’est réalisé. »











